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La manufacture de Beauvais raconte 350 ans de tapisserie

La manufacture de Beauvais raconte 350 ans de tapisserie

Cette manufacture de tapisserie rattachée au Mobilier national depuis 1937 interprète, avec le fil, d’illustres tableaux.

Son histoire symbolise un combat perpétuel vers une autonomie financière jamais réalisée. Elle se caractérise par des projets créatifs de longue haleine, au regard de la complexité des œuvres et de la durée importante de fabrication d’une tapisserie. Cette prestigieuse institution, conservée par l’énergie de la passion, et où la rentabilité n’a pas sa place, a su renaître de ses cendres à plusieurs reprises en traversant les conflits et les guerres. De tradition de basse-lice (métiers horizontaux), elle a d’abord servi les désirs d’une riche clientèle privée. Aujourd’hui, elle réalise exclusivement des commandes publiques. Et ses créations décorent les appartements des chefs d’état.

Tapisserie et histoire de France

Son premier directeur Louis Hinart, marchand tapissier dans les Flandres et à Paris, est rapidement démis de ses fonctions pour laisser sa place à Philippe Behagle, en 1684. Les entrepreneurs successifs connaissent nombre de difficultés, malgré des débuts d’activité encourageantes. La période la plus prospère se situe entre 1734 et 1754 avant une remise en question à la fin du XVIIIème siècle. A cette époque, André-Charlemagne Charron a la bonne idée de reprendre les modèles qui ont fait le succès de ses prédécesseurs pour s’adapter à l’évolution de la mode et fait travailler de nouveaux artistes comme Jean-Baptiste Oudry qui réalise notamment Les Fables de la Fontaine. Puis un ancien marchand tapissier d’Aubusson reprend les rênes de la manufacture avant que cet établissement devienne national. En 1825, la réunion de la Savonnerie, où l’on fabriquait des tapis, et des Gobelins entraîne le départ des métiers de basse lice à Beauvais. Ainsi, aux Gobelins, on s’occupe de tapisseries murales et, à Beauvais, des garnitures de sièges. Il s’en suit une période où la manufacture de Beauvais renoue avec son passé de tapisseries murales et initie une activité de restauration et de réédition des œuvres anciennes. Puis au début du XXème, en parallèle avec l’évolution des arts en général, elle connaît sa vraie renaissance.

La période contemporaine

Jean Ajabert, qui reprend sa direction en 1917, favorisa son autonomie financière en dirigeant ses créations vers un art en adéquation avec son époque. Il a l’idée de vendre les cartons anciens pour autofinancer la manufacture, considérant que ces guides de création sont des œuvres d’art au même titre que les tapisseries elles-mêmes. Rattachée ensuite à l’administration générale du Mobilier National et des manufactures des Gobelins, la manufacture de Beauvais fit appel, par l’intermédiaire de son nouveau directeur Guillaume Janneau, à Jean Lurçat, instigateur d’une véritable révolution dans l’univers de la tapisserie en France. Les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale entrainent la manufacture à déplacer ses machines à Paris. Elle reste implantée, pendant 50 ans, dans la capitale puis est réintégrée à Beauvais, en 1989, dans les bâtiments qu’elle occupe toujours aujourd’hui.

Les techniques de la tapisserie

Regroupant à l’origine des métiers de haute (verticaux) et basse lisse (horizontaux), la manufacture de Beauvais, depuis l’époque de Jean-Batiste Oudry, ne pratique plus que le second procédé. Une fois terminée, il est quasi impossible de savoir à quelle technique la tapisserie fait référence. Le métier de basse lisse est proche de celui du tisserand. Chaque fil de chaîne est passé dans une lisse, un anneau en cordelette de coton. Les cordelettes sont attachées à deux barres placées sous le métier et reliées à des pédales actionnées au pied qui permettent d’entrecroiser les nappes de fils. On glisse les fils de trame enroulés autour d’une flûte entre les nappes de fils tendus de la chaîne. Un mouvement d’aller recouvre la moitié de la chaîne, un geste de retour recouvre l’autre moitié, grâce à l’action des pédales. Le lissier tasse les fils de trame avec un peigne pour faire disparaître la chaîne invisible lorsque le décor est terminé. On tisse toujours sur l’envers avec un calque placé sous le métier. Les fils sont teints dans les ateliers des Gobelins. Le choix des matières premières détermine le résultat de l’œuvre. La laine reste le matériau de prédilection de la trame, tandis que le coton se révèle très solide pour exprimer la chaîne.

Le style Beauvais

Liberté de création, miroir des modes de l’époque, à travers les œuvres de la manufacture de Beauvais, on peut écrire une nouvelle histoire de l’art. Sujets historiques ou religieux, scènes naturalistes, règne du végétal et de l’animal sur des petits formats, garnitures de siège, figures féminines, exaltation des sentiments patriotiques…à travers les créations tapissières de Beauvais, on peut définir un style Beauvais qui s’est aussi spécialisé dans le traitement des fleurs, interprété différemment en fonction des époques. Simple élément ou frise pour mettre en relief les scènes tissées, riche ornement de bordure ou tableau à part entière, les bouquets sont omniprésents dans les œuvres de la manufacture. Au XIXème, le maître des fleurs est incontestablement Pierre-André Chabal-Dussurgey. Et Jean Ajabert , au XXème siècle, crée une roseraie au sein même de la manufacture. Naturaliste, le style Beauvais le reste, même dans l’abstraction des œuvres contemporaines.

L’essor des tapisseries de sièges

La production de garnitures de siège s’est développée dans la première partie du XVIIIème siècle. On pouvait aussi commander une tenture et une tapisserie de siège coordonnées. Les scènes pastorales, bergers et animaux, représentation des arts et des sciences ou encore les bouquets de fleurs et les rinceaux se répandaient sur les dossiers et les assises des sièges. En recul sous la IIIème République, cette spécialité fut ravivée après la première guerre mondiale et perdura avec succès pendant 10 ans, grâce aux créations des décorateurs qui esquissèrent, dans les années 1920-30, un élan de modernité dans les arts décoratifs français. Récemment les artistes plasticiens Paul-Armand Gette et Jean-Michel Othoniel ont renoué le dialogue entre art contemporain et art ancien avec une pièce de mobilier qui offre une structure classique et une garniture inédite. La tapisserie de ce premier créateur composée de feuilles et fleurs de nymphéas sur fond d’inspiration aquatique s’associe à une méridienne d’époque Empire. Tandis que la création du second est un objet hybride entre sculpture et bijou imaginé sur une base en bois doré de style Louis XV.

La tapisserie au présent

C’est en 1962 qu’André Malraux crée une commission de cartons chargée de sélectionner les propositions de modèles d’artistes vivants, afin de permettre aux manufactures et à la production textile de tenir un rôle spécifique sur la scène artistique et d’être le reflet de son temps. Et cette commission continue aujourd’hui à travailler au renouveau de l’art du tissage à Beauvais, par l’achat de maquettes qui s’approprient les nouveaux matériaux comme la révolution numérique et photographique. Mélange de matières, multiplication des nuances ou au contraire réduction du nombre de teintes par rapport à l’œuvre originale, tissage en forme imitant le geste du peintre, les techniques de plus en plus sophistiquées montrent que la tapisserie est une création à part entière. Un vrai défi à relever !

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